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Suicide d’un mineur étranger en prison : la conséquence d’une situation inacceptable

Publié le : mercredi 4 mai 2016

Voir en ligne : http://www.revolutionpermanente.fr/...

Source : www.revolutionpermanente.fr

« Le 25 avril, dans le Loiret, un jeune de 17 ans s’est suicidé en prison. Originaire du Mali, il était arrivé seul en France, après un périple de plusieurs milliers de kilomètres. Au titre de Mineur isolé étranger (MIE), il était sous la responsabilité du conseil départemental de son lieu de résidence, en l’occurrence celui du Loiret.

Nous reproduisons ci-dessous la lettre ouverte de Ségolène Petit et Chantal Thabourin, animatrices du Réseau éducationsansfrontières 45 et membres du collectif Jeunes isolés étrangers du Loiret, qui depuis 2012 dénoncent la situation tout à la fois dramatique et scandaleuse qu’elles observent sur place.

En effet, alors que le conseil départemental du Loiret est chargé de la prise en charge des mineurs isolés qui lui sont confiés ou qui arrivent sur son territoire, les militantes constatent que les jeunes ne bénéficient d’aucun accompagnement social, psychologique, affectif ou éducatif : le conseil départemental se contente de les loger dans des hôtels où ils restent isolés. Le seul soutien que les jeunes reçoivent est celui du collectif bénévole, qui a pourtant interpellé les pouvoirs publics sur la question.

Comme le disent les auteures de la lettre, leur texte est un cri de colère face à l’attitude méprisante du conseil départemental du Loiret, responsable de la situation vécue localement. Cela ne doit cependant pas masquer le fait que la situation est loin d’être reluisante ailleurs en France, et en particulier en région parisienne où de nombreux jeunes étrangers dorment dans la rue. Même après avoir passé la barrière des tests osseux qui, si l’on sait pourtant qu’ils ne sont absolument pas fiables, sont toujours utilisés en France pour écarter bon nombre de jeunes du titre de séjour et de la prise en charge à laquelle ils ont droit, les mineurs isolés étrangers sont, partout en France, les premiers à faire les frais du manque de moyens alloués à l’Éducation nationale pour la prise en charge des élèves non francophones, et sont confrontés à l’absence de solution de scolarisation. À leur majorité, non seulement leur prise en charge est susceptible de s’arrêter net, mais ils sont par ailleurs menacés d’expulsion, n’ayant aucune garantie d’obtenir un titre de séjour et devant attendre comme tous les migrantscinqans de séjour avant de pouvoir déposer une demande de naturalisation. Dans ce dossier comme dans tant d’autres, la responsabilité de l’État français est pleine et entière, au mépris de la Convention internationale des droits de l’enfant et du Code de l’action sociale et des familles.

Lettre ouverte de Ségolène Petit et Chantal Thabourin, animatrices du RESF45 et du collectif Jeunes isolés étrangers du Loiret, aux conseiller.e.s départementaux du Loiret

Orléans, le 26 avril 2016

Mesdames et Messieurs les Conseillers du Loiret,

Monsieur le Président,

Un gosse dont vous aviez la charge est mort hier en prison. De ce qu’il a enduré pendant son exode depuis le Mali, on ne sait pas grand-chose. Il aurait dû pouvoir s’en ouvrir à des éducateurs, à un psychologue, des médecins…
Mais il a dû se contenter d’une chambre d’hôtel, du désœuvrement et de la compagnie d’autres jeunes aussi paumés que lui. On sait qu’il a vu son frère mourir en mer, alors que lui en a réchappé. On sait qu’il n’en dormait plus la nuit. On sait qu’il avait une envie farouche d’aller à l’école et qu’il y était parvenu, en janvier.
Mais ça n’a pas suffi.
Non, toute l’aide que nous pouvons apporter à ces jeunes, toutes les batailles que nous menons avec eux pour faire reconnaître leurs droits ne suffisent pas à guérir leurs blessures et ne remplaceront jamais une réelle assistance éducative.
Quand la violence de l’institution, qui refuse ces jeunes et les laisse à l’abandon, s’ajoute à celle de l’exil, alors nous voyons poindre la folie.
Ce jeune venait d’avoir 17 ans. Il n’a pas su contenir cette folie et encore moins sa violence. Il y a à peine deux mois, il a blessé et détruit à son tour, en violant une jeune femme. Il a été incarcéré pour cela.
Et hier, il s’est suicidé. Il a rejoint son frère mort en mer. Il a rejoint tous ceux que les frontières tuent. Il a payé de sa vie le prix que vous refusez de mettre pour accueillir tous ces gosses dignement.
Il y a quelques mois, vous nous accusiez d’avoir claqué la porte à l’une de vos réunions car nous n’acceptions pas que vous y refusiez la présence de représentants des jeunes.
Quand vous comprendrez que ces gamins sont avant tout en danger et donc à protéger et à être écoutés.
Quand vous admettrez que ce que nous faisons pour eux, et avec eux, ne crée pas d’appel d’air mais n’est qu’une attitude tout simplement humaine.
Alors, peut-être, pourrons-nous échanger.
Pour RESF45 et le collectif Jeunes iIsolés étrangers du Loiret,
Ségolène Petit et Chantal Thabourin

Commentaires des auteures :
Nous ne cherchons pas à trouver des excuses ou des explications simplistes à un acte criminel que rien ne peut justifier.
Nous constatons simplement avec effroi le dénouement tragique de cette histoire.
Nous dénonçons le manquement du conseil départemental à ses obligations en matière de Protection de l’Enfance, d’autant plus que la situation est ainsi depuis 2012 dans le département du Loiret. Et que rien n’a bougé, malgré toutes les sonnettes d’alarmes que nous avons tirées :
Les jeunes mineurs isolés étrangers âgés de 15 à 18 ans sont parqués dans des hôtels sans aucun suivi éducatif. Aucun travail d’information, ni de prévention, ni d’adaptation aux codes culturels. À eux de se débrouiller, de « s’auto-éduquer », alors qu’ils sont souvent dévastés par ce qu’ils ont vécu avant d’arriver ici, dans leurs pays d’origine et en chemin.
La seule aide qu’ils obtiennent est celle du collectif de soutien.
Nous ne voulons pas simplifier en disant qu’un suivi psychologique aurait pu empêcher ce jeune de commettre ce viol. Non.
Ce que nous prônons, c’est une prise en charge réelle et globale, qui permet à tout jeune de se construire positivement. Aucun de nous ne pourrait imaginer pour ses propres enfants le dénuement affectif et psychologique que subissent ces jeunes.
Nous répétons depuis 4 ans au conseil départemental du Loiret que ces jeunes sont et se mettent en danger, en étant laissés à l’abandon et qu’une telle attitude ne peut que conduire à de graves problèmes.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à ce que nous redoutions.
Notre lettre ouverte est un cri de colère face au laisser-aller et au mépris avec lequel s’est conduit jusqu’ici le conseil départemental.
Nous espérons simplement que cette histoire tragique, jalonnée de victimes, fera réagir ceux qui sont légalement responsables de ces jeunes en rétablissant une réelle assistance éducative.
 »