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Cogne fort, l’avion attend !

Publié le : mercredi 23 mars 2016

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Source : https://blogs.mediapart.fr/resf

Auteurs : Pour le Collectif Genci Koci, Véronique Basset, Nathalie Geldhof, Marion Bagnaud

« Genci, Albanais, arrivé en France à 16 ans, pris en charge par l’ASE, était un très bon élève, apprécié de tous. Malgré de multiples démarches et de nombreux soutiens, le préfet de Haute Savoie, Georges-François Leclerc a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a fait arrêter, emprisonner en centre de rétention, tabasser et expulser sur un vol privé ! Faut bien atteindre ses objectifs !

Laissez moi vous conter l’histoire somme toute banale mais ô combien singulière de Genci, ce jeune fauché en pleine destinée et renvoyé impitoyablement, car comme le chantent les Zebda, « on est jamais invité quand on est sans thune, sans dale, ou même sans papiers » au pays du Mont Blanc !

C’est en un froid Mercredi 24 Février 2016, 16h00, que devant la Préfecture d’Annecy, peu à peu, les uns, les autres sont arrivés. Professeurs du Lycée Porte des Alpes de Rumilly, intervenants de la Protection de l’Enfance, militants de la Ligue des Droits de l’Homme, RESF, l’intersyndicale des enseignants et simples citoyens afin de demander la libération, sous la grisaille, d’un beau rayon de soleil au parcours exemplaire : Genci Koci, alors en centre de rétention...

Genci arrive sur le sol français le 5 Décembre 2013 après avoir traversé l’Europe au péril de sa vie pour fuir son pays d’origine : l’Albanie. Il est alors âgé de 16 ans.

Il est accueilli dans le cadre du protocole des Mineurs Isolés Etrangers (MIE) relevant de la Protection de l’Enfance. Tout d’abord dans la ville de Cluses, en Haute-Savoie, puis d’Annecy.

Acharné et motivé, l’envie au ventre, c’est en quelques mois que Genci parle couramment le français, excelle dans l’art de faire rire ses camarades et se montre protecteur envers les gens qui l’entourent. Quelle leçon ! Son empathie, elle, est proportionnelle à la violence qu’il a subie depuis son enfance : énorme.

Puis vient donc rapidement le temps de l’inscrire dans une scolarité classique et de l’accompagner dans sa démarche de régularisation. Genci adhère à tout : l’apprentissage, la découverte d’une nouvelle culture, de nouveaux sports et il se bat sans vergogne avec son éducatrice pour récupérer son passeport d’origine resté au pays, pièce indispensable pour une future obtention de papiers français.

Oui, tout réussit à ce jeune, sa motivation sans faille lui permet en septembre 2014 d’entrer en formation au LEP de Rumilly en vue d’obtenir un CAP d’installateur en canalisations des travaux publics. Genci veut travailler, il veut rester en France et s’inscrire dans ce pays d’accueil. Il trouve alors un patron prêt à le former en alternance (vous savez, de ces personnes qui donnent une chance) mais dans le pays autrefois des Droits de l’Homme, tout le monde n’a pas les mêmes possibilités. Le Préfet de Haute-Savoie s’y oppose, faute de papiers. Pas de problème, il entre en formation classique et troque son alternance avec une promesse d’embauche après obtention de son CAP.

Dans le même temps, son dossier de régularisation, complet et posé dans les temps en Préfecture reçoit une réponse négative ! Genci se voit dans l’obligation de prendre les services d’une avocate, Maître Blanc qui fait un premier recours pour lequel Genci passe devant le juge, à Grenoble, le 3 Septembre 2015. Ce recours étant rejeté, il continue le combat et entame un deuxième recours, cette fois ci à Lyon. Les uns après les autres, ils seront tous refusés. Tout a été tenté pour justifier cette expulsion mais ces justifications n’ont fait (en fait) que souligner davantage encore le caractère honteux et inexcusable de cette décision. L’argument majeur avancé étant qu’en Mai 2015, Genci aurait eu un contact avec sa famille. Toutes les personnes l’ayant accompagné savent pourtant bien qu’il ne peut compter sur un retour en famille et sera en danger s’il est renvoyé dans son pays d’origine.

Genci est devenu majeur, dort à l’internat du lycée la semaine et se rapproche du 115 chaque week-end afin d’avoir un toit et de trouver une table pour pouvoir étudier. Il ne lâche rien, et dans quelles conditions !

C’est dans cette situation, toujours sur le qui-vive et la peur au ventre, qu’en attendant son bus Genci a été interpellé le 7 Février, dans des conditions qui interrogent et emmené au Centre de Rétention Administrative St Exupéry de Lyon. Tous les soutiens se mobilisent. Son expulsion est alors prononcée pour le jeudi 25 Février.

Toutes les personnes ayant accompagné Genci se battent alors pour expliquer son parcours méritant, l’accomplissement d’une scolarité exemplaire dans des conditions extrêmement difficiles. Est fortement exprimée l’interrogation d’interdire à un majeur isolé étranger de terminer un cycle de formation alors que l’Etat, au travers de l’Education Nationale et de la Protection de l’Enfance ont investit des milliers d’euros dans l’avenir de ce jeune en le scolarisant et en lui proposant un hébergement et un accompagnement éducatif. On marche sur la tête. Genci doit rester, lui qui veut payer ses impôts en France, pays qui n’attend même pas son retour sur investissement !

Mais c’est sans compter sur l’inhumanité de chaque préfet, qui reçoit à l’unité près le nombre d’expulsions auxquelles il doit procéder dans l’année. De vulgaires chiffres comptables, peut être bientôt côtés en bourse.

Qu’il est long ce Jeudi 25 Février ou est attendue une réponse de la Préfecture suite à la manifestation de la veille où une délégation a pu faire suivre quelques 800 signatures demandant le maintien de Genci sur le sol français. A 9h10, la réponse tombe, rapide et cinglante. "Bonjour Madame, à l’heure à laquelle j’écris ces quelques mots, je n’ai aucune information nouvelle à vous transmettre concernant un éventuel changement de position de l’administration à l’égard de Monsieur GenciKoci.

Cordialement, François AYMA, Chef de Cabinet du Préfet de Haute Savoie ". Puis silence radio. Aucune information des autorités. Le couperet tombe à 18h lorsque Genci arrive à donner de ses nouvelles à son ancienne éducatrice via internet.

L’Etat, au travers de la Préfecture de Haute-Savoie a décidé de gâcher cet investissement en expulsant Genci vers un pays où il n’a plus d’attache et dans lequel il est en danger. Et de quelle manière !

Car alors qu’il est d’usage de laisser droit de refuser le premier vol censé le ramener dans son pays d’origine sans recourir à la violence, les forces de l’ordre (selon Genci) ont utilisé la force pour le faire monter dans un avion privé destiné à plusieurs sans papiers et se sont permis de le frapper à plusieurs reprises car il refusait d’embarquer [des photos de traces de coups sur son corps existent, elles seront mises en ligne prochainement]. Un vol privé, une prison volante, c’est cher, il faut rentabiliser et tant pis pour le sens le plus élémentaire de l’humanité. Cogne fort, l’avion attend ! Ces méthodes sont d’un autre temps, et témoignent parfois des pires régimes. Les brutalités et bavures policières sont légions, et nous rappelons que la France est grande collectionneuse de condamnations par la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme), faisant partie des pays les moins respectueux de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Oui, ce Jeudi 25 Février, la vie de Genci a basculée, sournoisement, brutalement. Quelle belle image nous donnons au Monde, nous qui étions Charlie, au pays des droits de l’homme !!!

Chacun de nos gestes même le plus infime induit celui de l’autre, et réciproquement. Chacun de nos regards, de nos sourires, de nos battements de cils, de nos mots, de nos manières d’être... La relation est une chose fragile qui se tisse lentement avec délicatesse, implicitement, au mieux tendrement mais qui peut aussi se défaire brutalement, à coups de pieds policier.

Nous restons mobilisés, Genci doit revenir et terminer sa scolarité afin de travailler ici, en France, son pays d’adoption.

Genci n’est pas seul, preuve en est sa dizaine de visites au Centre de Rétention, l’équipe pédagogique, son futur employeur et les personnes s’étant engagées à l’héberger l’attendent ! »