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Je dénonce la maltraitance des mineurs isolés étrangers à Paris

Publié le : mardi 15 mars 2016

Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/danielle...

Source : https://blogs.mediapart.fr/danielle-gherissi/blog

Auteur : Danielle Gherissi

« Paris le 09/03/2016

Madame Dominique Versini
Conseillère de Paris,
adjointe à la mairie,
en charge de la solidarité, des familles, de la petite enfance, de la protection de l’enfance, de la lutte contre les exclusions et des personnes âgées
Hôtel de Ville de Paris
Place de l’Hôtel de Ville
75196 Paris Cedex 04

Objet : Billet d’une permanencière ADJIE

Mineurs isolés étrangers à la rue

Suite à refus DASES

Le rythme s’accélère, rien ne change

Madame,

En décembre et janvier dernier, l’ADJIE portait à votre connaissance un certain nombre de situations pour lesquelles un refus DASES avait été prononcé, condamnant ainsi des enfants à la rue. Nous ajoutions que ces situations ne répondaient pas à ce qui était affiché dans le nouveau dispositif parisien présenté en avril dernier et à votre volonté d’améliorer la situation des jeunes.

L’ADJIE avait, à l’appui de ces situations, exposé lors d’une rencontre, les problèmes qui faisaient obstacle à la mise à l’abri des jeunes mineurs isolés. Nous avions alors fait observé que le Tribunal pour Enfants saisi par les gamins avec l‘aide de l‘ADJIE ordonnait une prise en charge ASE pour environ 50% des rejetés par la DASES ; c’est dire que l’évaluation est particulièrement défaillante.

Force est de constater que rien n’a changé, nous avons plutôt le sentiment que les mises à la rue s’accélèrent et que l’on y trouve depuis quelques semaines des jeunes filles qui jusqu’à présent avaient été épargnées.

Pour ajouter encore à plus de difficultés, aucun gymnase n’a pas même été ouvert pour les mineurs cette année.

Pour témoigner de cette situation qui s’aggrave, samedi dernier 5 mars, 11 jeunes mineurs isolés se sont présentés à notre permanence transis, tremblants de froid, à peine habillés, la faim les tenaillant ; ils venaient d’être jetés par la DASES et avaient passés la/des nuits à la rue cherchant quelque abri et notamment sous le métro à Stalingrad dont la Mairie a fait évacuer récemment les personnes qui y dormaient par les forces de police.

Ce chiffre, n’avait pas encore été atteint par l’ADJIE en une fois depuis très longtemps, et bien sûr, combien sont-ils encore à la rue puisque tous ne sont pas venus à l’ADJIE.

Que dire des motifs de refus : je vous renvoie à tous ceux que nous vous avons déjà adressés : ce sont toujours les mêmes.

J’avais un peu imaginé secrètement que Paris ferait un peu mieux oh, un peu seulement, pour les plus pauvres d’entre nous, mineurs isolés étrangers que Paris ne permettrait pas cela !

Comme si cela ne suffisait pas, cerise sur le gâteau, tous ces jeunes sont livrés à eux-mêmes car on leur refuse d’aller à l’école, sans que la Mairie de Paris n’ait rien à y redire.

Il fut un temps, où on s’enorgueillit de scolariser tout le monde, jusqu’à y compris les adultes car quoi de plus grand, de plus beau qu’un être humain qui élèvera son esprit, apprendra un métier grâce à l’école de la République !! Las !!

Je me demande Madame si vous avez une idée de ce que peut représenter de voir ces jeunes dans cet état mais surtout d’imaginer la souffrance qu’ils peuvent endurer quand ils sont traités de la sorte, eux qui avaient une image idéale de la France, protectrice, incapable de les maltraiter ainsi.

Vous êtes la preuve Madame que les politiques sont en dehors de toute humanité, car, malgré réunions, échanges très courtois au demeurant, rien ne change, ce ne sont que paroles !!

Tout cela se fait sous votre responsabilité, aussi, c’est à vous que je m’adresse personnellement, permanencière à l’ADJIE. ;

Ces décisions, inhumaines sont prises froidement, dans des bureaux loin de ces gamins que l’on jette. Ce sont des chiffres, rien d’autres.

Au-delà de ces gamins, tous ceux qui sont jetés, qui ont été jetés sont concernés, ceux qui galèrent de lieux en lieux, scolarisés ou non, dont il faut arracher avec l’énergie du désespoir qui un hébergement pour quelques jours, quelques semaines, quelques mois, vous les avez les noms et pourtant çà change quoi ?

C’est cela la politique de la Mairie de Paris ? pour les mineurs, les scolarisés ? Mendier quelque hébergement ?

Et ne parlons pas des efforts déjà faits, ce serait indécent au regard de la richesse de la capitale et de la valeur humaine qui n’a pas de prix

Je vous crie mon indignation, ma colère et comme de plus en plus, je n’en resterai pas là ; je ne veux pas être associée à ces décisions odieuses.

J’ai mal à ma France, car ce n’est pas à celle-ci que j’appartiens celle qui piétine la dignité humaine mais aux côtés des plus pauvres.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée ;

Danièle Gherissi »