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La Chapelle Nuit Debout - Chronique de la violence institutionnelle contre les migrants

Publié le : lundi 30 mai 2016

Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/la-chape...

Source : www.blogs.mediapart.fr

« Depuis juin 2015, les militants et personnes solidaires du quartier la Chapelle découvrent l’indifférence, le mépris, la mauvaise volonté voire la la violence verbale, physique, avec lesquels les migrants sont traités par les institutions. Un petit récit en actes du racisme ordinaire de la république par les militants de la Chapelle debout !

I Dans la rue

« Moi vous savez j’ai honte quand je vois ce qui se passe aujourd’hui sur les frontières de l’Europe. J’ai vraiment honte » Anne Hidalgo. Maire de Paris.

2 juin 2015 : Métro La Chapelle.

La Brigade Anti Criminalité, les CRS, évacuent violemment le campement de migrant.e.s sous le métro aérien.
 Au bout des files d’attentes, des fonctionnaires d’associations missionnées pour un « Diagnostic social individualisé » trient qui des 382 exilé.e.s est éligible à l’ asile.

Examen au faciès.
Les Érythréens sont suspectés d’être Éthiopiens.
Les Tunisiens soupçonnés de se faire passer pour des Libyens
Les Soudanais sont accusés d’être Tchadiens.

BFM, France info, I télé ne relèvent pas l’important dispositif policier et répètent les éléments de langage gouvernementaux : « Opération humanitaire d’ampleur - Situation sanitaire horrible - Accès au droits. »
80 personnes sont ainsi empêchées de monter dans les bus Savac.
À partir de ce jour, dormir à la rue est illégal.

Tout regroupement de migrant.e.s est attaqué par la Police.
Il ne faut pas qu’ils soient visibles.

4 juin : Violences au métro La Chapelle.

Les forces de l’Ordre poussent des exilé.e.s dans une rame de métro.
Ils les gazent. Le métro enfumé quitte la station.

8 juin Halle Pajol - Rafle - 80 Arrestations.
87 migrant.e.s évacué.e.s par les CRS.
Dispersion violente sans hébergement.

Erreur policière ? dans leur élan les CRS frappent aussi sur des Blancs et des Élus.

Émotion médiatique dans les réseaux sociaux

Vendredi 19 juin : Évacuation du jardin Éole.

Un élu municipal vert précède le directeur de l’OFPRA.

Des agents de la Préfecture et de la mairie de Paris suivent.

CRS et camions poubelles en queue de cortège.

Ce mode opératoire se répète sur la plupart des 32 évacuations des campements de rue parisiens.
Aucune exilé.e ne sera jamais informé.e de la date des évacuations.
Des destinations de bus.
De la durée ni des conditions d’hébergement.

Pour s’infiltrer à bord des bus, une personne solidaire doit se faire passer pour un migrant.

29 Juillet : Évacuation de la Halle Pajol :

Des toilettes sont installées la veille. Pas pour les migrant.e.s. Pour la presse.

Dans les campements, des hommes, des femmes, des enfants se brossent les dents et font leur vaisselle dans le caniveau.

Les pouvoirs publics considèrent que maintenir des accès à l’eau favorise des « points de fixation ». Depuis, pour beaucoup, l’installation de toilettes est signe d’évacuation proche.
Gale, Pneumonie, Tuberculose.

Mairie du XVIIIe : 5 septembre :

Installation du campement sur le parvis de la mairie.

La police empêche la livraison de sacs de couchage, qui sont lancés par dessus les cordons de CRS.

Deux femmes solidaires sont violentées.

17 septembre : Évacuation du campement de la Mairie du 18e.

En parallèle et suite à une décision de justice condamnant l’État, le campement d’Austerlitz est évacué après 18 mois d’attente. Le ballet médiatique est impressionnant. Il opère.

Place de la République : 29 octobre

Opération de Police.
Destruction des tentes et des duvets. Le camp se réinstalle.
Le lendemain, l’évacuation a lieu. 84 personnes sont emmenées dans des centres, 70 restent sur le carreau.

13 novembre : attentats de Paris. État d’Urgence.

Etablir un campement devient presque impossible : un grand nombre d’exilé.e.s à la rue trouvent refuge dans un squat aux abords de Paris.

Pour les autres, divers campements mouvants s’organisent.

Sous les arcades de Gare de l’Est, dans un terrain de basket à Jaurès, sous un tunnel à Bobigny.

Il fait froid.

13 février : Manuel Valls, Berlin : "Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui de majorité en Europe pour imposer un mécanisme permanent de relocalisation. Les solutions sont au Levant, en Turquie en Jordanie, en Méditerranée. Mais il faut un message très clair qui dise « maintenant, nous n’accueillons plus de réfugiés »"

Le même jour des exilé.e.s tentent d’occuper le parvis de Beaubourg et repartent 5h plus tard sous la menace policière, avec la promesse d’un rendez-vous à la Préfecture de Région.

« En Préfecture, on parle Français », assène Patrick Vieillescazes, le directeur de cabinet. Il refuse de parler à des migrants ne maitrisant pas la langue de Molière.
Des personnes solidaires demandent l’ouverture en urgence d’un gymnase.

Pas de réponse.

1 mars : À Calais, l’État passe outre le jugement en référé et les recommandations de la juge.


D’après le recensement effectué par des personnes solidaires, la zone Sud expulsée regroupe au minimum 3451 habitant.e.s. Parmi eux, 132 familles et 291 mineurs isolés. 88 ont des proches au Royaume-Uni.
Ce matin-là, un enfant de 13 ans a été embarqué par les CRS parce qu’il a jeté une pierre.

8 mars : Journée internationale des droits de la femme.

Lors de la tentative de réinstallation du campement de Stalingrad, 6 femmes migrantes de trois nationalités différentes font face à la police avec leur poussette. "Le chien en France a des droits et dort sous un toit, nous non. Nous sommes épuisées. Nous réclamons un toit et le respect de nos droits", écrivent-elles ensemble.

Les CRS rangent leur gazeuse.

25 mars : Calais

8 Iraniens : " En violation de leurs promesses et des décisions de justice, les autorités ont détruit nos abris, nous ont battus, nous ont étouffés avec des gaz lacrymogènes et ont tiré sur nous avec des balles de caoutchouc. Notre décision de commencer une grève de la faim et de coudre nos lèvres a été bien réfléchie."

29 mars : 350 travailleurs sans papiers occupent le 13ème étage du siège de la Direction Générale du Travail.

31 mars : Parce qu’ils étaient à Stalingrad, à côté de l’ancien campement maintenant entièrement grillagé, un groupe de migrants est embarqué au commissariat.

Parmi eux, un mineur reconnu par l’ASE (Aide sociale à l’enfance)
est conduit en Centre de Rétention

9 avril : K., Tunisien exilé en France depuis 6 ans, quitte le centre de rétention.

Après avoir résisté à deux expulsions forcées, son corps entièrement scotché, endormis par piqure, et sa tête enfermée dans un casque en mousse. Il se réveillera à Tunis.

14 avril : Bernard Cazeneuve a "nettoyé la jungle de Calais", dit François Hollande.

16 avril : Évacuation de Stalingrad 3

L’avant-veille, une bagarre entre Afghans et Soudanais est filmée par un voisin.

La vidéo recueillera plus de 700 000 vues et des milliers de commentaires racistes.
Champagne chez l’extrême droite.

Aujourd’hui, lors des évacuations de campement, les élus ne se déplacent que rarement, les caméras aussi.

M. s’interroge : "sommes nous des terroristes pour justifier toute cette police ?"

Des habitants se demandent : « Combien ça coûte tout ça ? »

En ce moment, des centaines de migrant.e.s survivent au jardin d’Éole dans le plus grand dénuement. D’autres campent sur le trottoir de France Terre d’Asile, dans l’espoir d’obtenir un petit ticket bleu.

II À « l’abri » (La mise à l’abri est le terme employé par les pouvoirs publics)

Y, 28 ans, Libyen a été hébergé 5 fois 1 nuit en 3 mois par les pouvoirs publics.

Il fait partie des « 9000 proposition d’hébergement » de la préfecture de Région ».

En gestion bureaucratique et en communication institutionnelle, il compte donc comme 5 personnes.

4 août : Occupation par des personnes solidaires de l’ancien centre de rétention de l’avenue de Joinville, devenu un centre Emmaüs de l’avenue de Joinville.

Àprès 13 heures de négociation, l’association accepte de donner 10 tickets de métro par semaine à chaque habitant et installe des machines à laver dans le centre.

12 août : Action non-violente au centre d’hébergement Emmaüs de la rue Raymond Losserand.


3 personnes solidaires et 1 demandeur d’asile sont arrêtées. Des employés portent plainte.

Ils seront condamnés à une peine de prison avec sursis. Ils ont fait appel.

Suite à l’évacuation d’Austerlitz, 3 réfugiés révoltés contre les conditions d’accueil du Chapsa de Nanterre sont arrêtés. L’un d’eux est placé en garde à vue.

15 décembre : sans réquisition du procureur, sur simple lettre de dénonciation d’Adoma, la police bloque la rue et le foyer Marc Seguin. Elle pénètre à l’intérieur avec des chiens jusque dans les chambres.


20 sans-papiers sont placés en rétention.

Il y a 3 jours, des dizaines de policiers bottés et casqués, avec matraques et lacrymogènes, ont investi le foyer Coallia Diderot, dans le 12ème arrondissement et raflé une quarantaine de sans-papiers. Manifestation cet après-midi.

« L’Ofpra travaille dans la bienveillance et la rigueur » Pascal Brice - France inter -

30 décembre 2015

B., tchadien, 21ans est rejeté par l’OFPRA. Motif : « homosexualité non crédible ».

B avait fait son coming-out sur Médiapart sous le nom de Selim, dès son arrivée à Paris.

A., Soudanais, 28 ans ex travailleur pour une ONG à Khartoum désormais interdite est refusé.

Motif : "Vous avez été persécuté, comme l’attestent vos cicatrices mais rien ne nous prouve que vous le serez à nouveau si vous retournez dans votre pays ».

Erreur à la traduction pour F., Nigérian. "Ils ont brûlé mon village", a-t-il raconté.

Sur le refus Ofpra, il est écrit : « Rien n’établit que F ait brûlé son village »

Ph., Erythréen, 28 ans a fui l’armée.,
Refusé.


Motif : « Votre village n’apparaît pas sur google maps »

Les exilé.e.s sont unanimes : « Nous ne savons pas pourquoi on obtient un refus ou des papiers Pourquoi j’ai eu 1 ou 10 ans. Pourquoi certains attendent 8 mois la décision, et d’autres 1. "

S : « Ce qu’on a vécu ici, c’est pire que le bateau, pire que la Libye.

A., 13 ans, Afghan refusé au Demie. "Faux mineur." Il a été remis à la rue il y a 3 jours.

III Occupations

11 juin : Occupation de la caserne désaffectée Château Landon.

Après négociation avec le directeur de Cabinet d’Anne Hidalgo, accord sur 110 places d’hébergements. 60 personnes restent sur carreau.
5 soutiens sont victimes de violences policières : l’un d’entre eux est blessé à l’œil, l’autre passera 20 jours à l’hôpital.
La caserne vidée deviendra « une pépinière d’entreprises de mode », après un vote au conseil municipal.

31 juillet : Occupation du lycée Jean Quarré. De 130, il passera à 1300 habitant.e.s, en 3 mois. Même le 115 et la Paomie orientent les personnes vers le squat.

00h20, au lycée rebaptisé Maison des Réfugiés : "Une famille vient d’arriver. Bon, ben on vire le vestiaire !"

23 octobre : l’évacuation se fera avec le GIPN, 2 jours avant la date indiquée par le Tribunal Administratif.

Nuit du 21 avril : des exilé.e.s sont excédé.e.s par les conditions innommables du campement de Stalingrad. "Nous voulons faire passer le message que nous vivons sous le pont. Nous avons souffert dans nos pays, les avons fuis, dans l’espoir d’une vie meilleure et d’une protection. Nous sommes arrivés ici, et faisons maintenant face à de graves problèmes. Il y a des enfants et des familles qui ne peuvent pas rester sous ce pont. Ce n’est pas un endroit convenable pour eux, ils ne devraient pas y rester. "
Ils occupent le lycée Jean Jaurès, propriété de la région restée vide depuis 6 ans, pour obtenir des papiers, un logement, l’accès à l’éducation et pouvoir vivre en paix.
Suite à l’expulsion violente en dépit du soutien massif d’organisations, d’élus et de voisins, 39 migrants se voient attribuer une Obligation de Quitter le Territoire Français.

Talal : "Là-bas, on était libre"

Farid : "On recommence quand ?"

Les voisins protestent contre l’expulsion du Lycée J. Jaurès
Les voisins protestent contre l’expulsion du Lycée J. Jaurès
26 mai 2016 : on apprend que la Mairie de Paris va investir 8 millions d’Euros pour aménager une promenade urbaine sur le boulevard de La Chapelle, sous le métro aérien... À suivre...

Les fragments que vous venez d’entendre constituent un échantillon non exhaustif des actes du gouvernement. Un bout de l’Histoire de la ville de Paris.
Un aperçu des politiques racistes de l’Union Européenne et de leurs déclinaisons nationales.
Issus du large mouvement de solidarité aux exilé.e.es à la rue qui s’est progressivement constitué en diverses associations et collectifs dont nous ne sommes qu’une infime partie, nous nous sommes structuré.e.s suite à l’évacuation du lycée Jean Quarré, le 23 octobre dernier.

Nous avons commencé par être actifs, à notre place, à notre échelle, pour traduire, accompagner dans leurs démarches, aider ou pallier aux diverses urgences des migrant.e.s à la rue, hébergé.e.s ou nouvellement arrivé.e.s en France,
Toutes et tous sommes conscient.e.s de la nécessité de porter dans l’espace public les revendications des premier.e.s concerné.e.s.
Afin de forcer les pouvoirs publics à respecter leurs droits et les nôtres.
Afin de dénoncer une situation chaque jour un peu plus inhumaine.
C’est pour cela que nous avons multiplié les plaidoyers, les tribunes, les pétitions et appuyés les manifestations et les actions organisées par des exilé.e.s.
Le temps a fait son effet et nous avons évolué.

Nous avons touché les limites de beaucoup d’actions. Nous avons également entrevu nos propres limites. La fatigue, les dissensions internes, les difficultés matérielles, pratiques « à suivre les anciens » ou accueillir les nouveaux arrivants, pour tous et toutes les informer, leur traduire, les prévenir des pièges d’une demande d’asile, du fonctionnement de l’OFII ou éviter le CRA.

C’est que souvent très informé.e.s, nous ne sommes pourtant pas des professionnel.le.s. Nous n’aspirons pas à le devenir, même si le soutien aux exilé.e.s nous a saisi dans nos vies.
Les camps de rue ont un temps été des lieux de lutte. Nous y avons vécu des moments d’acculturation politique très beaux.
Les camps de rue ont été des tentatives de se rapproprier un espace public toujours plus privatisé, grillagé au fil de nos déplacements.
Un moyen de s’organiser, de se battre de se protéger de la pression policière insupportable sur les étranger.e.s.

Ils sont ces derniers temps devenus des zones d’attentes d’une évacuation, dont nous n’avons que trop rarement pu écorner le dispositif, la logique et la finalité. Ils ne se suffisent plus à eux-mêmes.
Au bout d’un an, l’exceptionnel est devenu banal pour les pouvoirs publics comme pour l’opinion.
Trop de médias reprennent machinalement les chiffres de la Préfecture à chaque évacuation.

Les directeurs de l’OFII ou de l’OFPRA ne se déplacent plus pour communiquer, même insidieusement, avec les exilé.e.s.
Les élu.e.s sont absent.e.s ou à la marge du terrain.
La criminalisation de la solidarité bat son plein.

Lorsque nous agissons, on nous accuse de manipuler des exilé.e.s.
Mais lorsque des migrant.e.s qui ne sont ni électeur.trice.s ni contribuables souhaitent s’adresser à des institutions, ils se heurtent à un mur. Quand - très rarement, nous parvenons à les imposer à la table, nous relevons partout la même condescendance et le même refus de dialoguer avec eux.

Cette année, nous commémorons les 20 ans de St Bernard, qui nous rappellent un chemin à suivre pour faire face, ensemble, aux rejets quotidiens de l’OFPRA et de la CNDA.
Saint-Bernard, une époque où la gauche s’érigeait aux côtés des Sans Papiers en rempart contre la politique d’immigration de Charles Pasqua... Aujourd’hui, le gouvernement socialiste traque des persécuté.e.s de guerre sans que rien ne s’ajoute à l’indignation éphémère.

Chaque jour nous sommes au contact d’hommes de femmes, de mineurs broyés, traumatisés, ou déprimés par les administrations et les institutions.
Nous avons sans doute péché par inexpérience, par méconnaissance et par naïveté.
Mais notre rage et notre colère sont intactes. Nous luttons pour que les frontières ne soient pas ouvertes que pour les riches de ce monde, leurs marchandises et autres flux financiers.

Pour qu’elles cessent de tuer avec nos impôts celles et ceux qui n’ont pas la bonne couleur, la bonne religion, le bon genre ou la bonne orientation sexuelle, tant ici que là-bas. Pour que la liberté de circuler et de s’installer ne soit plus notre monopole.

Rien ne changera tant que les exilé.e.s ne pourront être reconnu.e.s comme des acteur.trice.s de leur combat, de leur vie, de leurs rêves. Tant qu’ils ne seront pas perçus comme des sujets pensants, comme nos égaux et non comme une masse misérable indistincte.

Changer la situation, c’est s’adapter. C’est en permanence subvertir ou sortir du cadre que les autorités tentent d’imposer. C’est désobéir.

Les campements de rue ont été un moyen de lutter.
Ils le sont moins aujourd’hui. Ils le seront peut être de nouveau demain.
Il en va de même pour la réquisition et l’occupation de bâtiments publics vides.

Tout doit être fait pour générer l’auto organisation, la mobilisation collective, la fédération des énergies et des solidarités.

L’exilé est souvent perçu comme une figure christique à qui l’on devrait la charité ou, à l’inverse, comme porteur d’une menace pour nos modes de vie, nos enfants, nos femmes ou nos habitudes alimentaire. Dans ces deux figures, il n’y a aucune place pour l’égalité.

Sous tous les gouvernements successifs depuis près de 40 ans, notre pays s’est enlisé. Il a sombré dans un racisme d’État si profond qu’il parcourt l’ensemble du champ politique.

Si certains ont peur, tous pourtant savent. Ils savent que ce que nous nommons Renaissance est le pendant des premières conquêtes coloniales.

Ils n’ignorent pas que notre révolution industrielle avance en parallèle avec l’expansion de l’Empire.

Ils sont conscients que le capitalisme mondialisé a grandi avec le commerce triangulaire.

Certains de nos dirigeants (qu’ils s’assument de droite ou se disent de gauche) ne reculeront devant rien pour préserver le fantasme que notre continent déclinant serait blanc et chrétien et pour entretenir des conflits qui garantissent notre suprématie et nos ventes d’armes.

Depuis l’entreprise coloniale, alors que nos multinationales s’installent à l’étranger, que nos richesses sont en partie généré.e.s par eux, les exilé.e.s ont toujours fait partie de notre paysage social et politique. Il est grand temps de les accepter.

Nous devons effacer la distinction entre demandeurs d’asile et sans papiers.

Ceux que parmi les migrant.e.s qu’on oppose, qu’on sépare, quand malheureusement ils le font parfois eux-mêmes.

Le soi-disant "accueil des réfugiés en Europe" se faisant sur le dos des uns.
Les autres captant pour eux seuls le rare soutien et la solidarité.

Les uns étant dépositaires d’une expérience et d’un savoir extraordinaire, méconnu ou oublié (comment négocier, agir ou s’organiser lorsqu’on est illégal ?).

Les autres ayant une fraicheur que certains ont peut-être perdu.

Nous pensons que la rencontre des sans papiers et des exilé.e.s est l’une des clefs de cette lutte pour l’égalité des droits.

Ce sont ces ponts que nous voulons construire maintenant. C’est ce nouveau chemin que nous souhaitons explorer.

Certains migrants ont participé à la manifestation interdite du 22 novembre contre l’État d’urgence.

Beaucoup fréquentent régulièrement la place de la République. Certain.e.s sont déjà intervenu.e.s à Nuit Debout.

À Belleville, Younes, demandeur d’asile afghan, participe à des assemblées de quartier. Pour continuer à apprendre le français, dit-il et aussi parce que les discussions l’intéressent.

À chacun sa France. Il a choisi la sienne. Et vous ? »