InfoMIE.net
Centre de Ressources pour les Mineurs Isolés Etrangers

Accueil > Actualités MIE > Débats/Propositions > Communiqué de presse Human Rights Watch - La fermeture des frontières aggrave (...)

Communiqué de presse Human Rights Watch - La fermeture des frontières aggrave la souffrance des migrants

Publié le : mercredi 28 octobre 2015

Voir en ligne : https://www.hrw.org/fr/news/2015/10...

Source : https://www.hrw.org

Auteur : Human Rights Watch

Date : 23 OCT 2015

Les retards, le manque de coordination et l’indifférence contribuent à la misère des migrants et demandeurs d’asile.

(Budapest, le 23 octobre 2015) – Lors de leur sommet du 25 octobre, l’Union européenne et les pays des Balkans occidentaux devraient se concentrer sur l’atténuation des souffrances des migrants et des demandeurs d’asile bloqués à différentes frontières européennes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La fermeture successive des frontières – celle de la Hongrie avec la Serbie le 15 septembre, puis celle d’avec la Croatie le 16 octobre –, ajoutée au manque de coordination entre les différentes autorités, ont piégé ces populations dans des conditions de vie misérables.

« Les traitements dégradants des personnes fuyant en direction des frontières européennes est honteux et doit cesser immédiatement », a déclaré Lydia Gall, chercheuse à la division Europe de l’Est et Balkans de Human Rights Watch. « Sauf si les États membres de l’UE commencent à travailler ensemble pour résoudre la crise des réfugiés, ces gens mourront cet hiver aux frontières de l’Europe. »

La fermeture des frontières de la Hongrie avec la Croatie et la Serbie a réorienté l’afflux de demandeurs d’asile et de migrants en provenance de Croatie vers la Slovénie, dans leurs efforts pour rejoindre l’Europe occidentale.

Le 18 octobre, environ 1.400 demandeurs d’asile et migrants ont été coincés pendant 24 heures aux points de passage des frontières croates et slovènes. Un train les a laissés descendre à environ une heure de Trnovče, en Croatie, d’où ils ont marché en direction de la frontière slovène proche. Les autorités slovènes les ont contraint à faire demi-tour, affirmant que le centre d’enregistrement de Srebisce ob Dravi, de l’autre côté de la frontière, avait atteint sa capacité d’accueil maximale de 300 personnes.

Les autorités croates ont refusé de les laisser revenir en Croatie. Des familles entières, y compris de jeunes enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées, sont restés sans abris la nuit et le lendemain sous une pluie verglaçante ininterrompue. Des vivres, de l’eau et des vêtements ne leur sont parvenus que vers 15 heures, après que des organisations bénévoles ont eu accès à la zone.

Le 19 octobre, la police croate a ordonné au moins à deux groupes d’environ 500 personnes de revenir sur leurs pas de la frontière serbo-croate vers le camp de transit d’Opatovac, à environ 15 km de là. Une fois arrivés sur place, une planification et une coordination médiocres ont provoqué d’inutiles souffrances, a indiqué Human Rights Watch.

« Ils [les policiers] nous ont fait marcher pendant six heures », a témoigné Alaa, un garçon de 16 ans originaire de Syrie. « A environ 300 mètres du camp, ils nous ont fait asseoir sur la route humide, où nous avons dû attendre près de trois heures avant de pouvoir rejoindre le camp ».

Deux hommes interrogés séparément assurent que la police croate s’en est pris aux gens au cours de leur longue marche. « Foroud », un jeune homme de 30 ans originaire d’Iran, a déclaré : « Sept à 10 policiers m’ont battu et d’autres à l’aide de leurs bâtons... Sans la moindre raison... Ils me frappaient aux épaules, aux genoux et aux pieds ».

Les allégations d’usage excessif de la force par la police devraient faire l’objet d’une enquête approfondie par les autorités croates, selon Human Rights Watch.

Du côté slovène de la frontière, de longues procédures à Srebisce ob Dravi et dans d’autres centres d’enregistrement ont contribué aux retards, a noté Human Rights Watch. Le 20 octobre, à cinq policiers de Srebisce ob Dravi, il a fallu environ 14 heures pour enregistrer près de 260 demandeurs d’asile et migrants, jusqu’à environ 4 heures le lendemain. Les transferts vers un centre d’accueil n’ont pas débuté, cependant, avant 13 heures le même jour. Parallèlement, des gens ont été hébergés dans des installations de fortune comme des tentes, avec un nombre insuffisant de lits, de chauffages et des toilettes.

Les familles sont souvent séparées aux frontières. Human Rights Watch a parlé à plusieurs demandeurs d’asile et migrants qui ont confirmé avoir été séparés de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs frères et sœurs et de leurs parents au moment, souvent chaotique, du passage des frontières, de l’embarquement à bord des autobus, ou de l’arrivée dans les centres d’enregistrement et d’accueil. Ils ne savent ni quand ni où ils reverront leurs proches.

Âgé de 24 ans et originaire d’Afghanistan, Bachar a indiqué avoir été séparé de sa femme enceinte le 17 octobre, à la frontière croato-serbe. Il se tenait d’un côté de la frontière, sa femme de l’autre, et la police croate n’a pas tenu compte de leur demande implorante de ne pas être séparés. Bachar ignore où se trouve sa femme et a été incapable de communiquer avec elle.

De même, le 19 octobre, un homme syrien d’une quarantaine d’années a été séparé de sa femme au cours de la traversée de la frontière croato-slovène, et n’a eu aucune idée de l’endroit où elle se trouve. Alaaa dit avoir été séparé de son frère, de ses tantes et de son cousin le 19 octobre à la frontière serbo-croate avant la longue marche vers le camp d’Opatovac et ignore où ils se trouvent.

La veille du jour où il s’est confié à Human Rights Watch, la police slovène a tiré sur Ahmed, un garçon irakien âgé de 10 ans, à travers des trous dans la clôture le long de la frontière croate et slovène. Sa mère est toujours côté croate. La police slovène l’a emmené au centre d’accueil de Sentilj, où il a finalement été réuni avec elle, selon les médias slovènes.

La séparation d’avec des membres de la famille vulnérabilise tout particulièrement les enfants, les femmes et les personnes handicapées. Les autorités devraient prendre des mesures en vue d’éviter de séparer les familles, plaide Human Rights Watch. Lorsqu’une telle situation se produit, les autorités et les organisations internationales doivent œuvrer avec diligence à retrouver les membres d’une famille séparée et à les réunir dès que possible.

Depuis le 16 octobre, au moins 50.410 demandeurs d’asile et migrants ont traversé la frontière vers la Slovénie. Initialement, la Slovénie avait déclaré qu’elle accueillerait autant de personnes que l’Autriche, avec un maximum de 2.500 par jour.

Cependant, rien que le 22 octobre, 12.000 personnes sont entrées en Slovénie, incitant le gouvernement à demander une assistance au travers du Mécanisme européen de protection civile. Ce Mécanisme permet la distribution coordonnée d’une aide matérielle – tentes, matelas ou encore vivres – des pays qui y sont parties vers le pays demandeur afin d’aider les victimes de catastrophes naturelles ou d’origine humaine. La Macédoine et la Serbie ont déjà reçu de l’aide grâce à ce mécanisme et la Croatie devrait également en bénéficier.

Si tous les pays ont le droit souverain de contrôler leurs frontières, l’UE et le droit international exigent que la police des frontières respecte les droits fondamentaux, y compris celui de demander l’asile et la garantie d’un traitement humain. La Charte des droits fondamentaux de l’UE affirme que « la dignité humaine est inviolable » et doit être respectée et protégée.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées, à laquelle l’UE et tous ses États membres sont parties, à l’exception de la Finlande, de l’Irlande et des Pays-Bas, contraint les États à prendre « toutes les mesures nécessaires pour garantir la protection et la sécurité des personnes handicapées dans les situations de risque », y compris les situations d’urgence humanitaire. Tous les Etats membres de l’UE sont également parties à la Convention des droits de l’enfant, qui leur fait obligation de veiller à ce que les enfants accompagnés ou non « reçoivent la protection et l’assistance humanitaire à laquelle ils peuvent prétendre dans l’exercice des droits applicables ».

« Bloquer des ​​personnes aux frontières ne constituera pas un moyen de dissuasion et ne fera qu’aggraver une situation difficile », a prévenu Lydia Gall. « Au lieu de se repasser des êtres humains en détresse comme des ‘patates chaudes’, l’UE et les pays des Balkans occidentaux devraient se mettre d’accord à l’occasion du Sommet sur des solutions viables afin d’éviter un hiver meurtrier aux frontières de l’Europe ».