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Mineurs étrangers à Brest. La longue marche

Publié le 15-05-2017

Source : www.letelegramme.fr

Auteur : Steven Le Roy

« Responsable de service à Don Bosco à Brest, Pierre Potin dirige le dispositif d’accompagnement des mineurs isolés étrangers. Depuis quatre ans, l’association jouit d’une habilitation confiée par le conseil départemental pour encadrer 43 de ces jeunes déracinés, « et pas un de plus ». Pour cet homme de terrain, la mission est délicate. Mais les fruits récoltés par le travail sont à observer de plus près, pour tordre le cou aux approximations d’usage entendues sur un sujet, il est vrai, délicat.

Vous accueillez actuellement 43 mineurs isolés dans votre service. Comment les jeunes apprennent-ils votre existence ? Viennent-ils directement ?
« La procédure est très stricte. Nous n’accueillons personne directement, les jeunes passent généralement par le centre communal d’action sociale (CCAS) de Saint-Marc, qui se charge de l’évaluation de la situation. Si la minorité et l’isolement du jeune sont confirmés, le CCAS l’héberge dans un hôtel en attendant la réponse d’un service adapté. En 2013, nous avons bénéficié d’un dispositif expérimental ouvrant cinq, puis huit places. En 2014, le conseil départemental nous a donné l’agrément pour 43 places, ce qui correspond à notre configuration actuelle. Il faut préciser néanmoins deux choses : d’une part, on sait nécessairement qu’entre 30 et 40 jeunes qui correspondent aux critères d’accueil sont en attente dans des hôtels brestois, à cette heure. De l’autre, 35 places supplémentaires vont être ouvertes prochainement. Pour elles, le mandat a été confié à l’Aile (Association d’Iroise pour le logement, l’emploi et les solidarités), qui gère notamment les foyers de jeunes travailleurs ».

Il y a pas mal de préjugés autour de l’accueil de ces jeunes gens. Quel est leur profil ?
« Leur âge, d’abord, est primordial. Ils doivent nécessairement être âgés entre 15 et 18 ans. Sous la barre des 15 ans, ils bénéficient des dispositions traditionnelles de la protection de l’enfance et, au-dessus de 18 ans, ils entrent dans le cadre des réfugiés ou des migrants. Ensuite, il faut souligner, et c’est essentiel, que, sur les 43 personnes que nous suivons, il n’y a que deux jeunes filles et cette statistique est nationale. Elles restent au pays... Actuellement, nous accueillons trois Afghans, un Tchétchène, un Albanais, mais l’immense majorité vient de l’Afrique subsaharienne et fuit l’immense misère du continent, à 15 ans et à ses risques et périls. Ils viennent du Mali, de la République démocratique du Congo, de la Guinée ou du Soudan. Il est à noter que nous n’avons jamais reçu de Syriens, car ce sont des familles, souvent aisées, qui voyagent ensemble. Les autres ? Ils sont morts ».

Dans quel état trouvez-vous ces enfants ?
« Le voyage ressemble souvent à un calvaire. On l’a dit mais il faut le répéter, la migration est un enfer, avec des passeurs qui les ruinent, des déracinements violents. Parfois, ils s’arrêtent même en chemin pour travailler, pour continuer à avancer. Ils vivent parfois un moment dans les camps de Libye. Et, quand ils arrivent en France, ils sont placés en zone administrative directement. Mais c’est une obligation faite de protéger chaque mineur sur notre sol. Et encore plus ceux qui n’ont rien et qui sont dans un mauvais état physique, bien souvent ».

Comment organisez-vous le travail ?
« Nous n’avons pas l’autorité parentale, nous sommes un service gardien. Ces mineurs n’ont pas de représentants légaux. Pour schématiser, on peut dire qu’à moins de 16 ans, les jeunes sont classiquement dirigés vers le collège et que, au-delà, ils entrent dans une mission contre le décrochage scolaire. Ils bénéficient de cours de remise à niveau, notamment en français. Mais ce parcours regorge de contraintes, car ces jeunes ne peuvent pas choisir leur orientation comme ils veulent. Il faut en effet qu’ils aient suivi une formation qualifiante comme un CAP ou un bac pro, car, quand ils voudront prétendre à un titre de séjour une fois majeurs, il faudra qu’ils en justifient auprès de la préfecture. C’est insidieux, car l’administration réclame six mois pleins, et il y a les vacances scolaires. Et, comme leur statut de mineurs étrangers isolés leur interdit la mission locale ou l’apprentissage en alternance, c’est quelquefois un vrai casse-tête. Au risque de me répéter, ces jeunes gens ont des devoirs supérieurs au reste de leur génération. Ils n’ont pas le droit aux absences injustifiées et chaque écart les punit illico. Ils savent que leurs contingences sont énormes ».

Et vous parvenez à vos objectifs ?
« Oui, et c’est une vraie fierté. Vous ne pouvez pas vous imaginer comme les retours sont impressionnants sur leur degré d’implication. Ils s’accrochent comme des malades parce que, globalement, ils sont habités par une volonté de construire un avenir solide. Et ce désir-là nous sidère jour après jour. Ils ont pourtant un agenda de ministre, hein ! Entre les cours à l’école, les cours de français langue étrangère à la fac ou à l’association, où nous avons embauché une doctorante en français, ils n’ont pas les deux pieds dans le même sabot ».
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Voir en ligne : http://www.letelegramme.fr/finister...

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